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Bonne

Nouv.elle

!

— La parole inclusive du dimanche,
Du premier dimanche de l’Avent au dimanche de Pâques, un.e invité.e nous donne à entendre l’homélie dominicale.

S2 Episode 3

13/12/20
3e dimanche de l’Avent

Lecture de l’évangile : Flore

Homélie : Claire Conan-Vrinat

Et sur Anchor.fm, Spotify ou d’autres plateformes de podcasts.

Textes du jour

Is 61, 1-2a.10-11
Cantique Lc 1, 46b-54
1 Th 5, 16-24
Jn 1, 6-8.19-28
(Lire les textes sur aelf.org)

Le texte de l’homélie

Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Régulièrement, nous sommes ces prêtres et ces lévites envoyés par les pharisiens et nous exigeons des réponses. Parce qu’on nous l’a demandé. Parce que nous faisons nôtre cette exigence, parce qu’il le faut ! Nous exigeons de savoir à qui nous avons affaire ; nous exigeons que l’autre, dans toute son étrangeté, nous apporte des réponses ; pour savoir si nous pouvons le mettre dans la catégorie de ceux que l’on accueille ou, au contraire, si nous devons nous méfier de lui. Si ses réponses ne nous conviennent pas, nous insistons : Que dis-tu sur toi-même ? Nous exigeons de l’autre qu’il se connaisse et se présente sous son meilleur jour. Nous ne le comprenons pas ? Cela ne peut donc venir que de lui ; lui qui n’est pas clair dans ses intentions, pas précis dans ses réponses, lui qui n’entre pas dans les bonnes cases. Et pourtant, Jean le Baptiste nous dit : Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. Et voilà ! Toutes nos certitudes s’effritent en même temps que nos exhortations : comment pourrions-nous attendre de l’autre qu’il se connaisse lui-même et se présente à nous dans toute sa vérité ? …Si au milieu de nous se tient celui que nous ne connaissons pas. Si nous ne sommes pas capables de Le reconnaître ? Jean le Baptiste, l’homme du désert, l’ascète prédestiné, avec sa peau de bête, son odeur nauséabonde, son comportement étrange, crie vers nous pour que nous nous préparions ! Car la venue de Jésus sur terre n’est pas seulement l’arrivée d’un prophète de plus dans une longue lignée d’oracles. Non, la venue de Jésus, nous dit Jean-Baptiste, est un bouleversement qui nécessite que nous soyons prêts : prêts à ce que les vallons s’élèvent, que les montagnes s’aplatissent, que les sentiers se redressent, conformément à la prophétie d’Isaïe ! Préparons-nous à ce grand chaos que provoque l’Amour en nous ! Nous sommes désertiques et nous allons fleurir ! Nous sommes tordus et nous allons nous redresser ! Nous sommes morts et nous allons vivre ! Or, nous dit Jean-Baptiste, l’Amour qu’est Dieu est déjà parmi nous. L’Amour est en nous et nous ne le reconnaissons pas. Mais il est bien là et, par la voix de Jean, l’Esprit Saint parle et nous révèle notre propre divinité. Dans cet épisode, l’évangéliste Jean nous annonce un des mystères du baptême, non pas seulement le baptême par l’eau qui lave nos fautes et nos noirceurs, mais le baptême par l’Esprit qui nous révèle à nous-mêmes. Alors nous sommes face à une nouvelle question : comment reconnaître que Dieu est en nous ? Avez-vous déjà observé l’intérieur d’une cellule ? Vous êtes-vous déjà laissé surprendre par la beauté des images microscopiques de nos organismes intracellulaires ? Ils apparaissent tels des montagnes, des vallées, des cratères, des chemins, dans cet infiniment petit de nous-mêmes. Et allons un peu plus loin. Vous êtes-vous déjà représenté, A L’INTERIEUR de nos cellules, l’entrelacs de notre ADN ? L’ADN est comparable à un chemin tordu : tout en spirales entrelacées, il est l’initiateur de la moindre protéine de notre corps, il est un chemin qui mène à tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons. Imaginez un peu pouvoir délier ces spirales. Imaginez pouvoir redresser ce chemin de l’ADN. Allez-y ! Essayez ! Redressez ce chemin ! Eh bien, entièrement redressé, vous y trouverez l’infiniment grand en chacune de nos cellules. L’infiniment grand au cœur de l’infiniment petit. C’est en réalisant cela au début de mes études scientifiques que j’ai ressenti pour la première fois le vertige de Dieu au cœur de l’humain, un Dieu si profondément caché en l’humain qu’Il le constitue, le développe, l’anime. Un Dieu si profondément caché… que l’humain ne le reconnaît pas. Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. Au milieu de nous donc, en notre corps, en notre chair, cette chair qui ressuscitera au dernier jour. Mais aussi au milieu de nous « toutes et tous ». Car le baptême et l’Eucharistie font de nous, toutes et tous, un seul corps, animé d’un même Esprit et d’une même divinité. Alors cela change tout ! Plus besoin de demander à l’autre, l’étrange étranger, le repoussant, le suspect : qui es-tu ? Que dis-tu de toi-même ? Car il est une part de Dieu puisque Dieu est en lui, comme en nous. Voilà le grand bouleversement annoncé ! Lorsque Jésus nous commande Aimez-vous les uns les autres, il nous invite à reconnaître en l’autre Sa présence et Son amour. Aimer son prochain et aimer Dieu, au fond, c’est exactement la même chose. Alors que dire à cet étranger face à nous, lui qui nous inquiète par son comportement, nous questionne dans sa différence, nous interpelle ? Si Dieu est parmi nous, si Dieu est en lui autant qu’il est en moi, alors moi non plus je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. Mais je vais essayer. Et chaque dimanche, je vais redire comme le centurion à Jésus : Je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Dis seulement une parole et je serai guérie. Seulement UNE PAROLE. UNE VOIX qui crie dans le désert suffit à redresser les chemins et faire circuler l’Amour. Alors que nous nous apprêtons à fêter la naissance de Jésus, alors que Dieu, en se faisant homme, a choisi de prendre la forme du plus petit, du plus fragile et du plus pauvre, ces paroles de Jean le Baptiste nous invitent à regarder avec les yeux de l’Amour les plus fragiles parmi nous, les plus humbles, ceux qui ne paient pas de mine, ceux qui nous rebutent. Car au milieu de nous, Il se tient. Et nous ne le connaissons pas.
Claire Conan-Vrinat

Claire a 40 ans, 2 filles, un mari qu’elle adore et qui ne partage pas sa foi. L’âme scientifique autant qu’artiste, ancienne comédienne, consultante en psychologie positive et en management, elle aspire à être diacre pour incarner les valeurs du Christ au-delà de l’Église et participer à sa révolution.