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Bonne

Nouv.elle

!

— La parole inclusive du dimanche,
Du premier dimanche de l’Avent au dimanche de Pâques, un.e invité.e nous donne à entendre l’homélie dominicale.

S2 Episode 4

20/12/20
4e dimanche de l’Avent

Lecture de l’évangile : Leonor

Homélie : Camille de Villeneuve

Et sur Anchor.fm, Spotify ou d’autres plateformes de podcasts.

Textes du jour

2 S 7, 1-16
Ps 88, 2-5.27.29
Rm 16, 25-27
Lc 1, 26-38
(Lire les textes sur aelf.org)

Le texte de l’homélie

Lorsque j’étais enfant nous chantions un couplet qui se réjouissait de l’Annonciation. L’Ange demandait à Marie si elle voulait porter un enfant attendu depuis longtemps. Et Marie disait oui, de tout son cœur. Le « oui de Marie » était devenu une ritournelle des prédications et des catéchismes. C’était une époque où on insistait sur l’individualité du choix, la liberté personnelle de suivre Dieu. Le « oui de Marie » c’était la liberté donnée à la jeune femme de choisir l’obéissance, le don de soi et l’humilité. Mais dans l’Evangile de Luc qui fait le récit de la rencontre de l’Ange et de la jeune fille, il n’y a pas trace du « oui de Marie ». Reprenons le texte. L’ange se présente à Marie, il la salue. Le terme grec dit qu’elle réfléchit à cette salutation, elle dialogue avec elle-même (διελογίζετο). L’ange lui annonce qu’elle concevra et enfantera un fils qu’elle nommera Jésus et qui sera le Fils du Très-Haut. Elle demande comment cela sera rendu possible, puisqu’elle n’est pas mariée. Elle est concrète, Marie. L’ange répond et Marie prend acte : « Je suis la Servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ». Ni oui ni non, après tout l’ange ne lui demande pas son avis. Il n’est pas question de décision à prendre. Plus tard, de la même manière, elle interroge directement Jésus en mère inquiète après qu’il a disparu pendant trois jours : « Pourquoi nous as-tu fait cela ? », puis elle réfléchit en elle-même aux paroles aux paroles que Jésus lui adresse. Marie est ainsi : elle questionne et elle pense. Elle est philosophe. Il y avait en effet de quoi questionner cet Ange. Comment Marie pouvait-elle avoir un enfant ? Il n’y a pas seulement les lois de la nature, il y a aussi celles de la société. La question que Marie adresse à Gabriel touche à sa vie de femme. Après tout, l’ange s’apprête à faire d’elle une fiancée enceinte, autant dire un scandale juridique et social pour une femme de son temps, comme pour beaucoup de femmes aujourd’hui dans le monde. Dans l’évangile de Luc, Elizabeth et Marie sont intimement liées par leur grossesse inattendue. C’est l’alliance de la jeune fille et de la femme ménopausée. Ce sont les ventres indisponibles qui intéressent Dieu. Vous me direz : oui mais c’est pour les rendre à leur devoir social, à la maternité ! Sans doute, mais une maternité étonnamment valorisante : seul Zacharie réprimandé par Dieu et devants les hommes qui se réjouissent avec Elizabeth. Et Marie, en quoi cette catastrophe peut-elle être une bonne nouvelle ? Eh bien l’Ange lui annonce que pour la seule fois dans l’histoire, une femme sera mère sans passer sous la domination d’un mari. Souvent dans les tableaux qui représentent l’Annonciation, le bel ange Gabriel tend un lys à Marie. La fleur symbolise sa virginité et sa pureté. Elle baisse parfois les yeux comme si le jeune homme la demandait en mariage. Elle a la tristesse de ses fillettes encore trop nombreuses qui doivent faire un adieu douloureusement précoce à leur enfance. Mais l’ange de l’évangile n’annonce pas à la jeune fille qu’elle gardera sa virginité, il se moque bien de cela. Le texte grec suggère même le contraire. En réalité Marie perdra sa virginité, mais avec l’Esprit de Dieu. Le texte est d’une matérialité bouleversante : « l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre ». La préposition epi, qui signifie « sur », « dessus », en grec, apparaît trois fois dans ces quelques mots. Πνεῦμα ἅγιον ἐπελεύσεται ἐπὶ σέ, καὶ δύναμις ὑψίστου ἐπισκιάσει σοι. Marie perdra sa virginité sous Dieu. En devenant la mère de Dieu, il lui est permis de ne plus avoir un statut de vierge disponible pour un époux. En en faisant la Vierge, La Vierge, l’Eglise catholique a souligné, malheureusement par dénégation, cette stratégie divine qui consistait à libérer les femmes de la virginité comme statut social. Alors Marie prend acte : « Je suis la Servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ». Ni oui ni non, après tout l’ange ne lui demande pas son avis. Il n’est pas question de décision à prendre. Marie est donc la femme non du oui, mais du trouble. Du trouble social d’abord. Peut-être faut-il toujours dans nos vies une épreuve de désordre social pour se mettre à penser. A ce trouble Marie ne dit pas oui ou non, elle ne se soumet ni ne se révolte. Elle écoute, elle discute, elle répond, elle réfléchit à ce qui lui arrive. Elle n’arrive d’ailleurs pas à une explication, une conviction ou un dogme. Elle n’est pas éclairée de manière surnaturelle. Dans le Protévangile de Jacques, elle ne sait même pas expliquer à Joseph ce qui lui est arrivé. Elle n’a pas le fanatisme du converti, l’exaltation de la visionnaire, la conviction de l’élue. Elle ne cesse de vivre chaque frémissement du trouble qui l’accompagne. Elle est attentive à ce que peut produire la parole de Dieu quand on ne cherche pas à lui dire un oui définitif ou un non radical, à la croire sans question ou la rejeter sans pensée, mais quand on la laisse se réfléchir en nous comme nous nous réfléchissons en elle, jusqu’à l’oublier pour la vivre.
Camille de Villeneuve

Camille est prof de philo et romancière.