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Bonne

Nouv.elle

!

— La parole inclusive du dimanche,
Du premier dimanche de l’Avent au dimanche de Pâques, un.e invité.e nous donne à entendre l’homélie dominicale.

S2 Episode 9

17/01/21
2e dimanche du temps ordinaire

Lecture de l’évangile : Claire

Homélie : Marie-Automne Thépot

Et sur Anchor.fm, Spotify ou d’autres plateformes de podcasts.

Textes du jour

1 S 3, 3b-10.19
Ps 39, 2-4.7-11
1 Co 6, 13-20
Jn 1, 35-42
(Lire les textes sur aelf.org)

Le texte de l’homélie

« Que cherchez-vous ? »
La première parole de Jésus, dans l’Évangile, c’est une question : « Que cherchez-vous ? ».
Et nous alors, que cherchons-nous en ouvrant la Bible ? En écoutant des podcasts ? Une philosophie, des réponses, un sens ? Un lieu où poser notre valise de questions existentielles ?
Que cherchons-nous ? Une religion, bien organisée, un système de valeurs ?
Que cherchez-vous ? La question est vertigineuse, profonde et elle atterrit dans nos vies à divers moments,
quand on réussit à mettre notre quotidien sur pause, ou parfois quand un événement déstabilisant vient nous bousculer. Je cherche quoi, au juste, pour mon essentiel ? quand il s’agit de guider mes choix ? Cette quête de sens peut être angoissante, particulièrement dans une période où il est si difficile de se projeter. Il y a tout ce qu’il faut sur le marché du prêt-à-penser, comme propositions clé-en-main simplifiantes, disponibles en un clic, ou solutions doudous éphémères.
Mais voilà que, dans l’Évangile, ce « que cherchez-vous » initial fait écho à la fin de l’histoire, quand Jésus ressuscité apparaît à Marie Madeleine et lui demande : « Qui cherches-tu ? » (Jn 20, 15). On passe de quoi à qui. On passe d’une recherche existentielle de sagesse un peu générale à la rencontre personnelle avec Jésus.
Et à la question de Jésus, André et son compagnon répondent : « Où demeures-tu ? » Drôle de question. Une question un peu pratique, concrète, à première vue : c’est quoi le plan ? On va où ? Où va-t-on poser nos bagages ? Est-ce qu’on est arrivé ?
Mais c’est à un inconnu que Jésus les invite : venez et vous verrez. Alors, avant même de connaître la destination, eh bien ils partent, ils le suivent.
Et c’est cet abandon, cette confiance qui leur permet de « demeurer » chez lui. Il faut se déplacer. Comme Abraham. Hors de la zone de confort, se mettre en route vers une destination inconnue.
« Ils allèrent donc et virent où il demeurait. » Et là il se passe quelque chose, là où il demeure, visiblement quelque chose d’important, car André s’en va très vite chercher son frère après cela.
Voyons où nous emmène ce verbe en grec, « μένω », demeurer. Il ne signifie pas que « habiter » ; il dit aussi « ce qui persiste, ce qui dure éternellement ». Ce qui ne passe pas ; l’essentiel en somme. C’est le même verbe quand les disciples d’Emmaüs demandent à leur mystérieux compagnon de voyage de s’attarder, de rester avec eux. Et c’est encore ce verbe qui décrit le Christ ressuscité qui demeure avec eux au moment même où pourtant il disparaît à leurs yeux.
Là où est Jésus, là où il demeure, eh bien ça n’est pas un lieu, c’est un lien, un essentiel, et c’est une relation. Dans cet évangile, avec les premiers disciples, on est passé d’une recherche de sagesse à une rencontre. Une relation intime avec Dieu qui est rendue possible par la rencontre avec Jésus.
Whaou !
Comment s’opère cette conversion ? Par un regard, celui de Jésus qui se retourne et qui se pose sur nous, un regard intime. Jésus regarde Simon « en dedans, profondément », et par ce regard, il nous reconnaît en fils et fille de Dieu.
Et puis vient l’appel. Par notre nom. Quoi de plus intime que d’être appelé par son nom, un nom chuchoté au beau milieu de la nuit à Samuel dans la première lecture, ou encore le « Marie ! » adressé à Marie Madeleine au matin de la résurrection. Qui n’a pas eu le cœur retourné en entendant prononcer son nom tendrement par un être cher ?
Et cette intimité transforme : « tu es Simon, fils de Jean : tu t’appelleras Képhas. » Dieu renomme Pierre comme il renomme Abram quand il l’envoie en mission, pour qu’il se révèle à lui-même, à travers cette mission.
Être disciple aujourd’hui, n’est-ce pas suivre ce chuchotement intime ?
Suivre cette parole incarnée qui me sort de mes questions existentielles un peu paralysantes, pour me risquer à l’inconnu de la relation ?
Suivre ce Jésus… avec pour seule promesse de demeurer dans son regard d’amour et de consolation.
Être disciple aujourd’hui, c’est de se nourrir de cette certitude « je suis aimé·e de Dieu », qui permet toutes les audaces.
Alors, on ne trouve pas les réponses à toutes les questions existentielles dans l’Évangile, non, mais on peut y trouver de nouvelles questions pour continuer à chercher l’Essentiel dans nos vies.
Marie-Automne Thépot
Marie-Automne a 43 ans. Elle vit à Paris où elle s’emploie à mettre son esprit créatif et collaboratif au service des politiques sociales. Membre du collectif Toutes Apôtres !, elle aspire à se mettre au service de l’Evangile par le diaconat.