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Bonne
Nouv.elle
!
— La parole inclusive du dimanche,
Du premier dimanche de l’Avent au dimanche de Pâques, un.e invité.e nous donne à entendre l’homélie dominicale.
S2 Episode 22
02/04/21
Vendredi Saint
Lecture de l’évangile : Estelle
Textes du jour
Is 52, 13-53, 12
Ps 30, 2.6.12-17.25
He 4, 14-16 ; 5, 7-9
Jn 18, 1-19, 42
(Lire les textes sur aelf.org)
Le texte de l’homélie
Le Seigneur combattra pour vous, vous vous resterez muets, vous, vous n’aurez rien à faire. Ce sont les paroles adressées au peuple d’Israël au moment de la délivrance, lors de la Pâque initiale, le passage de la mer qui, dit-on, fut franchie à pieds secs. C’est dans le livre de l’Exode au chapitre 14 et lors de la Pâques du Christ, au texte de la Passion lu ce soir, nous entendons la même parole : le Seigneur Dieu combattra pour vous, vous vous n’aurez rien à faire. Car ce que si joue là, pour Jésus et donc pour nous : c’est la traversée de l’épreuve par la confiance et dans l’espérance de l’amour. Car ce soir le Fils est couché dans la mort. Lors de l’Annonciation, l’Esprit saint donna en Marie la vie de Dieu parmi les siens. La question se posait : que sera donc cet enfant ? Et vraiment la main du Seigneur était avec lui. A chaque instant il a engagé à laisser les morts enterrer leurs morts et à faire partie de la communauté des vivants. Il a rappelé à la vie ce qui se perdait dans la mort, engageant d’une voix forte son ami Lazard à sortir du tombeau, rappelant à la santé ceux qui l’avaient perdue dans le manque de forces pour vivre ou par culpabilité et sentiment d’être puni d’une faute qu’ils ne parvenaient même pas à préciser. Il a choisi la vie et transmis la vie. A la femme adultère qui pourtant avait fait fort en matière de transgression d’alliance, il fait constater que la vie continue vers la liberté et lui dit : où sont-ils donc, ceux qui te condamnaient, va, et ne pèche plus.
En cela, Jésus tient de son Père. Il tient de son Père par attention pleine et entière au donneur de vie qu’est le Père. Et le Père, dans la mort de son fils, comme tout père, souffre les pires peines qui soient. Il le couche dans la terre et le pleure avec Joseph d’Arimathie et Nicodème, il soutient leurs attentions, l’entourant de bandelettes avec des aromates suivant la coutume d’ensevelissement. Ils le déposent dans un jardin. Le cœur du Père qui a donné de sa vie pour donner au Fils sa propre vie pleure son enfant qui est pour lui tout l’univers. Et nous en lui. Nos peines en lui. Son fils, il supporta qu’il parte s’exposer à l’inimitié et la haine. Dès le début les forces d’opposition se liguent contre Jésus : il sut très tôt, selon les textes des évangiles, que son annonce du Royaume le condamnait aux yeux de ceux qui ne veulent que leur propre bien et souhaitent l’imposer pour se donner des raisons de dominer leur vie. Mais, lui allait son chemin, passant au milieu d’eux. Jusqu’à ce que l’animosité gagne la partie, comme c’était prévisible : ils sont armés. Et lui non : il dit fermement à Pierre qui sort une arme « remet ton glaive dans son fourreau ». Il ne répondra pas à la violence par la violence mais par le pardon du Père. Et maintenant, le Père, Nicodème et Joseph d’Arimathie le déposent au jardin. Ce n’est pas une démission mais un appel à la puissance de l’Esprit qui donne la vie aux morts. C’est l’affection envers celui qui n’a pas défailli.
Ils le déposent dans un jardin. Avant ce long récit d’injustice, de trahison et de scènes de torture que nous venons de lire, un premier jardin était mentionné. Un jardin très heureux avant les larmes, qui était le lieu, qui est toujours le lieu car c’est un jardin toujours ouvert pour nous, qui est le lieu de la participation à la vie de justice et de paix donnée par le Père. Jésus le décrit : « Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître encore afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux. » Le jardin, en grec, se dit du mot paradis. Le lieu où la vie est enfin advenue. Jusqu’au moment où Judas prit la tête de la milice et gagne ce jardin avec torche, lampes et armes. C’est l’exil hors du paradis, dans les lieux de l’épreuve et du vide de tout soutien affectif, de tout soutien par la raison et la sagesse : le lieu du chaos qui conduit à la mise à mort, qui ne veut plus chercher la vie et la justice. Celui où l’on entend le dialogue horrifique : voici l’homme : torture-le donc !
La puissance de l’Esprit couvrit Marie de son ombre, au tombeau du jardin la puissance de l’Esprit plane sur les eaux, encore, et la bonté de Père reprend les paroles déjà adressées à Israël en Ez 16 : « Je t’ai vu dans ton sang, tu gisais, je t’ai dit : vis. » La force d’âme du Christ dans l’épreuve est humble et douce, remise de soi au Père sans lequel rien n’existe. Il nous apprend. Il appelle à cette vie jusqu’au tombeau pour nous aussi dans la foi donnée qui seule sort de la peur.
Nous ne savons pas ce qui va venir. Nous sommes nous aussi dans l’épreuve de l’exil et de la destruction. La foi dans la vie qui nous est donnée et dans l’amour nouveau, quoi qu’il en coûte, sont toujours possibles. Je t’ai vue, gisant dans ton sang, et te voyant te débattre dans ton sang, je t’ai dit : je veux que tu vives ! ↓
Claire-Anne
Claire-Anne est née à Saint-Malo. Elle cherche comment connaître le rythme de l’attention aux choses et aux gens. Elle espère particulièrement l’expérience collective de la frugalité. Elle est mariée et maman de quatre enfants adultes. Laïque, elle enseigne la théologie au Centre Sèvres.